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Le bonheur et le devoir de transmettre

L'interview du violoncelliste Gary Hoffman par Alain Cochard pour Concertclassic.com

Quels est la nature de vos liens avec Prades ?



Gary HOFFMAN : J’avais participé, il y a assez longtemps et à plusieurs reprises, à la fois au Festival et à l’Académie, puis pendant une période je n’y ai donné que quelques concerts ponctuels sans me consacrer à la pédagogie. J’ai participé à nouveau à l’Académie il y a deux ans et j’y reviendrai l’été prochain.

Ce qui m’a attiré le plus à Prades au départ, et c’est toujours le cas, c’est quand même avant tout le mythe de Casals. Le poids, l’histoire de ce grand Monsieur - notre père à tous pour nous autres violoncellistes – demeurent très présents à Prades ; je les sens en tout cas.



 

Quel aspect du jeu de Casals vous a le plus marqué et a le plus pesé sur votre évolution ? 



G. H. : … La profondeur, la simplicité…, l’honnêteté de dire ce qu’il avait à dire sans artifice.
La simplicité est après tout la chose la plus difficile en musique. Casals a trouvé la façon d’aller à l’essentiel, une chose très rare aujourd’hui ; c’est pourquoi il est extrêmement important pour moi de garder le lien avec Casals.

Sur place, à Prades, je le ressens aussi. Les circonstances, l’environnement nous marquent, ça a dû être vrai pour lui : quand on voit le paysage, le climat, les gens… c’est une chose que je ressens à chaque fois que j’y séjourne. Michel Lethiec est un ami proche, il sait réunir dans une atmosphère très conviviale des gens avec lesquels j’aime jouer, mais il y a d’autres académies auxquelles je participe en France, aux Etats-Unis ou ailleurs, mais à Prades… l’ombre et la présence de Casals règnent et distinguent ce festival et cette académie. Des gens plus jeunes ne se sentent peut-être pas autant de liens avec Casals, mais c’est toujours une chance pour moi que de marcher dans les rues où il a marché.




Vous avez enseigné très jeune. Quelle place continue d’occuper la pédagogie dans votre existence à présent?




G.H. : J’ai eu, c’est vrai, ce poste à Bloomington, mais depuis vingt-cinq ans je n’ai pas de poste fixe ; je fais des académies, je continue à donner des master classes qui peuvent être liées à des engagements pour tel ou tel concert. Avoir le contact avec les jeunes violoncellistes demeure essentiel pour moi. J’ai eu la chance de travailler avec des professeurs qui m’ont marqué et j’ai envie de donner quelque chose, si c’est utile pour les jeunes… A eux de voir… 



 

Quel jugement portez-vous sur les jeunes violoncellistes qui arrivent aujourd’hui à l’orée de leur vie professionnelle ? 



G.H. : Point positif, le niveau est très élevé et l’exigence très importante. Quand il m’arrive de faire partie d’un jury de concours international, je suis de plus en plus surpris par le niveau général qui continue de monter. C’est là que le rôle des «anciens » est précieux : l’important ce n’est pas la tradition, ce sont les liens avec le passé. On continue de jouer les compositeurs d’il y a deux ou trois siècles, parfois plus. Ce qui est écrit dans la partition, dans les livres est très pauvre par rapport à ce que l’on doit faire en tant qu’interprète. Comment le trouver ? Ce qui fait l’artiste ce sont les expériences de la vie, les informations qu’il recueille, un amalgame de choses. J’ai eu la chance de travailler avec des gens tels que Stern ou Serkin… Les musiciens qui ont eu la possibilité d’avoir des contacts avec des grands du passé sont un peu dans l’obligation de transmettre, pas les traditions, mais le goût et les sentiments. Et pour finir de répondre à votre question à propos des jeunes violoncellistes je dirais que ce qui manque un peu aujourd’hui, c’est la culture…


Propos recueillis par Alain Cochard, le 3 février 2011